Renforcement de la lutte contre la criminalité organisée en Afrique de l’Ouest : les projets OCWAR-C et OCWAR-M présentés au Forum de Dakar

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Sénégal
L’Union européenne (UE), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et Expertise France ont présenté les projets OCWAR-C et OCWAR-M à l’occasion du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Ces deux projets participeront au renforcement de la lutte contre la criminalité organisée dans les pays de la CEDEAO et en Mauritanie. OCWAR-M mettra l'accent sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBC-FT), tandis qu’OCWAR-C sera dédié au renforcement de la cybersécurité et à la lutte contre la cybercriminalité.

Trafic de drogues, d’armes, de faux médicaments et d’êtres humains, cybercriminalité ou encore piraterie : la criminalité organisée en Afrique de l’Ouest présente de multiples facettes. De par son ampleur, sa dimension transnationale et les coûts qu’elle engendre, elle réduit la capacité des Etats à financer le développement et la stabilité de la région. Sur le plan économique, la criminalité pourrait coûter jusqu’à 30 mille milliards FCFA (50 milliards de dollars) par an à l’Afrique de l’Ouest [1].

Des coûts humains, économiques et sécuritaires élevés

Ces trafics servent à financer, entre autres, les groupes terroristes dont l’activité se manifeste par un nombre croissant d’attaques causant des victimes humaines et des destructions de biens.

De plus, des facteurs structurels entravent la capacité des États ouest-africains à lutter contre les trafics et l’utilisation des revenus qui en résultent : l’importance du secteur informel et la faible bancarisation des économies limitent la traçabilité des flux financiers. Par ailleurs, la faiblesse des contrôles frontaliers et le manque de coopération régionale facilitent le déplacement des groupes criminels. Enfin, l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance affaiblissent les institutions chargées de la lutte contre la criminalité.

Outiller les acteurs de la chaîne pénale

C’est donc pour renforcer les moyens de lutte des États de la région que l’Union européenne finance les projets régionaux OCWAR-M (Organised Crime : West African Response to Money Laundering and the Financing of Terrorism) et OCWAR-C (Organised Crime : West African response to Cybersecurity and fight against Cybercrime)[2].
 


Expertise France, l’agence de coopération technique internationale chargée de la mise en œuvre de ces deux projets, travaillera avec les différents acteurs de la chaîne pénale – police judiciaire, procureurs, magistrats… – des États partenaires. L’appui passera par des formations, orientées sur des sujets très pratiques comme, par exemple, l’analyse financière pour les magistrats spécialisés dans la lutte contre le blanchiment d’argent. Il permettra aussi de renforcer le cadre juridique d’intervention (réglementation, manuels, guides de procédures…) et les outils nécessaires (matériel informatique, logiciels d’analyse de l’information...) pour rendre plus efficace la prévention et la poursuite des crimes. De plus, la coopération sera recherchée avec le secteur privé et notamment avec les banques et les ONG, qui ont un rôle à jouer dans la détection et le signalement des flux financiers illicites.
 

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Vers une approche régionale structurée

Enfin, lutter efficacement contre la criminalité organisée requiert une coordination nationale accrue et une approche régionale cohérente. Les projets OCWAR favoriseront donc le renforcement de la coopération à ces deux niveaux, de façon à faciliter les échanges et le partage d’informations entre acteurs. Pour cela, la CEDEAO sera un partenaire privilégié pour la mise en œuvre des projets. L’un des préalables essentiels au succès d’OCWAR-M est par exemple la mise en place d’un partenariat efficace avec le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA), l’institution spécialisée de la CEDEAO chargée de renforcer les capacités des États membres en la matière, d’appuyer les évaluations nationales des risques et d’organiser les évaluations mutuelles des Etats membres.



[1] OCDE/Banque mondiale/Banque africaine de développement, Flux financiers illicites. L’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest, 2018.

[2] Un troisième projet régional d’appui, Organized Crime : West African Response to Trafficking (OCWAR-T), est en train d’être élaboré pour améliorer les conditions-cadres et les structures nationales et régionales de lutte contre la traite des personnes, drogues, armes à feu et autres produits. OCWAR-T est mis en œuvre par la GIZ.

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