EL PAcCTO engagé contre la criminalité environnementale

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Amériques
Alors que les délits environnementaux augmentent de manière préoccupante à l’échelle mondiale, les pays doivent coopérer, se coordonner et échanger des informations pour lutter plus efficacement contre cette nouvelle tendance du crime organisé. Le programme EL PAcCTO s’inscrit dans cette dynamique et, à ce titre, il a permis la création du réseau Jaguar, accompagne sa mise en place et soutient la préparation de ses opérations. Le réseau Jaguar réunit, à ce jour, les polices de 13 pays européens et latino-américains spécialisées dans la lutte contre la criminalité environnementale.

La criminalité environnementale est un commerce extrêmement lucratif, comparable au trafic de drogues, au trafic d’armes et à la contrebande dans plusieurs pays d’Amérique latine. Ainsi, Interpol et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estiment dans un rapport conjoint que les crimes environnementaux représentaient entre 91 et 258 milliards de dollars en 2016, en hausse par rapport à 2014. En outre, l’impact de ce type de criminalité ne se limite pas aux ressources naturelles : elle est indissociable d’infractions liées au crime organisé tels que la traite des êtres humains, le trafic d’armes, la corruption, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale.

Pour faire face à cette criminalité en constante croissance, le programme EL PAcCTO appuie, depuis 2018, les pays d’Amérique latine qui luttent, notamment, contre le commerce illicite d’espèces protégées et de faune sauvage, l’exploitation minière illégale, la déforestation et le trafic de bois précieux, ou encore les incendies et la pollution créée en particulier par l’utilisation du mercure et du cyanure pour l’extraction de l’or. C’est cette problématique qui a rendu nécessaire la création du réseau Jaguar.

Une mobilisation à toutes les échelles

Créé en 2019, le réseau Jaguar permet aux polices de 13 pays européens et latino-américains* spécialisées dans la criminalité environnementale de renforcer leur coopération opérationnelle. Europol et l'EMPACT EnviCrime en font également partie et Interpol y est associée. Par un système de référents au sein de chaque institution membre, ce réseau permet d’échanger des informations (renseignements, modus operandi des groupes criminels, techniques d’enquête…) entre tous de façon à lutter plus efficacement contre la criminalité environnementale.

Car ce type de criminalité a presque toujours une dimension transnationale : une meilleure coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination est nécessaire pour prévenir et limiter son impact. Initialement concentré sur le bassin de l’Amazonie, l’appui d’EL PAcCTO s’est élargi par la suite à d’autres pays du continent et permet, notamment, le renforcement de la coordination entre institutions et  la coopération entre pays d’Amérique latine et l’Union européenne : développement de normes communes, harmonisation des procédures policières et judiciaires, diffusion de bonnes pratiques, renforcement des échanges entre institutions de la chaîne pénale (police, justice).
 

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Le réseau Jaguar mobilisé contre la criminalité environnementale

Depuis sa mise en place, le réseau Jaguar a contribué directement ou indirectement à 11 enquêtes internationales. A titre d’exemples, au Brésil, il a permis d’appuyer le travail mené par la Police fédérale pour lutter contre le trafic illicite de bois entre l’Amérique latine et l’Union européenne. Cela a conduit à l’opération Arquimedes, qui a été coordonnée à l’international via Europol et Interpol, dans une logique de coopération triangulaire.

Le réseau Jaguar a également été un appui indispensable pour une opération contre le trafic de faune sauvage entre le Costa Rica et des pays européens. Fin 2019, la police du Costa Rica a démantelé un réseau qui se livrait au trafic de faune sauvage à destination de l’Union européenne, avec la collaboration de plusieurs pays européens dans le cadre du réseau Jaguar. Cinq perquisitions ont eu lieu le 20 novembre 2019 et ont conduit à l’arrestation de quatre personnes suspectées d’exporter illégalement des espèces protégées de papillons, de scarabées, d’araignées et de guêpes. Les animaux, déjà morts, étaient envoyés tous les mois par la poste pour être vendus sur le marché noir en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. D’autres opérations sont actuellement en cours, liées essentiellement à l’exploitation illégale de métaux précieux.

La hausse de la demande, notamment en Europe, d’acquisition d’espèces protégées explique la croissance exponentielle du trafic illégal de biodiversité ces dernières années. « On ne peut plus se contenter de demander aux pays d’origine de mener seuls les investigations : il est nécessaire d’élargir la responsabilité de ces trafics aux pays de transit et, surtout, à ceux de destination », explique Marc Reina, responsable thématique de la composante Police d’EL PAcCTO. « Il est aussi indispensable d’améliorer la communication et l’échange d’informations entre ces trois types de pays et d’accroître la coordination entre institutions policières et judiciaires : c’est l’un des objectifs d’EL PAcCTO », conclut-il.
 

* Brésil, Bolivie, Colombie, Costa Rica, Equateur, Mexique et Pérou pour l’Amérique latine ; Allemagne, Espagne, France, Italie et Portugal pour l’Europe.

 

EL PAcCTO est un programme financé par la Commission européenne et mis en œuvre par Expertise France, et la FIIAPP, avec l’appui de IILA et de Camões. Couvrant la chaine pénale dans son ensemble, il vise principalement à lutter contre le crime transnational organisé et au renforcement des institutions chargées de garantir la sécurité des citoyens, dans 18 pays d’Amérique latine.

 En savoir plus sur EL PAcCTO : www.elpaccto.eu

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